Hein!?...Quoi!?...Mais...!! Mais, que fais-je donc ici moi ?! Mais pourquoi me lisez-vous ? Mais non !! Il y a erreur ! Arrêtez s'il vous plaît ! Je ne suis pas ce que vous croyez ! Je ne sais comment j' ai pu me retrouver ici. Un petit plaisantin sans doute, ah... le coquin , le vilain, l'affreux garnement, osé s' attaquer à moi ...!! Les gens se croient tout permis ! Ah mais... euh... mince... oups... je suis désolé, je me rends compte que je ne me suis pas présenté, je vous vois vous qui me déshabillez depuis tout à l' heure avec vos petits yeux curieux, je perçois parfaitement votre regard pour la plupart pleins d' interrogations, chez d'autre d' étonnement, chez d'autre encore, de la lassitude apparaît déjà. Bon... puisque apparemment je suis contraint de rester là, je vais me présenter au risque d'en décevoir beaucoup en vous apprenant la vérité et de soulager de leur soif de savoir qui je suis, les quelques intéressés. Il se trouve que je le répète pour la énième fois, ceci n' est pas ma place, et je me demande bien comment j'ai pu me retrouver sur cette page. Moi qui d' ordinaire orne les pages du journal intime de mon concepteur, je ne sais quel rôle je puis jouer aujourd'hui.
Je suis l' alphabet privé de mon maître, je lui appartient depuis qu'il sait écrire et j'en suis fier et heureux. Au début, quand il commença à écrire, il me fit beaucoup souffrir car il me déformait souvent, il amputait la beauté de chacun de mes 26 membres. Il faisait même involontairement des sortes de clones ratés par ses gribouillis qui étaient pour moi telles des opérations d' implantations de greffes. Le résultat n' était pas beau et loin d'être esthétique comme je me plais à paraître, je puis vous l'assurer. Durant toute cette période, je vous pris de croire que cela fut très douloureux pour moi, pauvre petit alphabet. Heureusement, cette période ne dura que peu de temps et bientôt mon maître su se faire pardonner. Il me rendit très séduisant en faisant de la calligraphie de plus en plus belle. Puis, un beau jour, sans qu'il ne m'eut prévenu, il me maria, oui, que ce jour pour moi fut joyeux, qu'il avait bien choisi ce si cher maître. Ma femme, comme je me plais à l' appeler, se nomme « la réflexion ». Avec elle, j'en ai parcouru des lignes sur toutes sortes de feuilles, tantôt blanches, tantôt roses même, tantôt grandes, tantôt petites... Une fois unis, plus rien ne nous arrêta, notre maître nous fit tant voyager. Nous avons foulé une telle diversité de styles, de formes, de genres etc... pouvant aller un jour vers les abords de la poésie, puis un autre vers de difficiles explications théoriques, puis techniques, puis humoristiques, puis sombres ... Notre vie est un éternel voyage où les destinations nous sont toujours inconnues. Nous ne nous en lassons jamais. Je n'ai pas pris une ride et de jour en jour nous nous embellissons, c'est du moins ce que dit l'entourage de notre maître. Ce maître, cet être continuellement angoissé, se sert très souvent de moi, ne me laissant que peu de répit. Je suis son exutoire, mais aussi son plus fidèle ami, celui qui est tenu en premier au courant de ses intentions, des ses pensées les plus dures comme les plus douces, de ses passions, de ses déchirements ... Nous nous aimons depuis toujours, et même après sa mort, une fois devenu complètement lui, je tacherai de rester en vie le plus longtemps possible pour continuer à faire respirer la parole, la vie, les rêves, la mémoire de mon maître.
Ainsi, je vais bientôt me rendre invisible auprès de vous car je commence à fatiguer, moi qui n'aurais jamais du me trouver là. Il est venu le temps pour moi de vous dire par le point final qui se trouvera en toute fin de cette mer d'encre au revoir à vous. Vous qui n'auriez jamais du poser les yeux sur moi, vous qui peut-être allez me détester, ou peut-être vous ai-je laissé indifférents, ou même, qui sais m'avez-vous peut-être apprécié... enfin la n'était pas mon but de toute façon, alors trêve de paroles.
Mais avant de partir, je vais quand même profiter de cet incident pour parler au nom de certains de mes frères qui n'ont pas tous eux la chance de tomber sur un maître comme le mien. Ceux-ci n'ont pas pu suivre leur évolution, restant au stade douloureux comme je le connus durant une période éphémère moi même, il y à bien longtemps. Je veux m'adresser directement à vous les maîtres qui me lisez et qui êtes peut-être concernés: « Ne nous maltraités pas! Utilisez nous à bon escient! Façonnez nous! Embellissez nous! Et surtout ne nous sous-estimés pas! Regardez ce que nos frères, ancêtres comme actuels, bons comme mauvais, ont réussi à accomplir!Occupez vous bien de nous, même si cela prend du temps, dîtes-vous que nous, nous seront toujours là, jamais nous ne vous trahiront, et nous porteront votre image, votre mémoire , votre « Vous » , votre vérité...beaucoup plus longtemps que n'importe qu'elle personne vivante. Nous sommes quasiment éternels,même quant le papier sur lequel nous nous trouvons commence à jaunir et à pourrir, se trouant, s' effritant, il suffit d'une copie et nous voilà régénéré comme par magie... Réfléchissez à tout cela... Au revoir . »
Boris